"Me tenant comme je suis, un pied dans un pays et l'autre en un autre, je trouve ma condition très heureuse, en ce qu'elle est libre." - R. Descartes

samedi 26 novembre 2011

l'Automne, le vrai

Au début du mois j'ai pu profiter d'une escapade au soleil (Émirats puis Tunis), et j'ai compris sur place, en regardant en face ma mine blafarde aux rayons du jour que j'avais définitivement perdu mon teint hâlé d'aventurière d'Amérique Latine, et qu'une page de mon existence s'était tournée... Une de mes grandes peurs, en "rentrant" en Europe, outre perdre mon bronzage, était le climat nordique et le retour dans mon existence des saisons, après près de deux ans d'absence...

Mais force est de constater que malgré la nuit qui tombe à QUATRE HEURES DE L'APREM (!!!!!), la baisse de moral en flèche qui en découle, le froid polaire qui règne en ce moment au Royaume-Uni (5-12 degrés, soit 10 degrés de plus que les normales saisonnières) et les pluies diluviennes (0 mm ou pas loin de pluie en novembre), l'automne a du bon.

L'automne m'a fait redécouvrir les joies d'avoir un appétit gargantuesque à toute heure du jour ou de la nuit, avec une forte préférence pour les produits riches en beurre, fromage, chocolat, crème et autres substances lipidiques ! Je ne sais pas si ça me sauvera de la malnutrition, mais il paraît que j'ai l'air moins "digne de campagnes Unicef contre la malnutrition".
Les nuits plus longues me donnent un prétexte pour dormir (encore) plus ! Avec une moyenne de huit heures par nuit contre six heures trente dans ma vie antérieure, et des pointes à douze heures le weekend et parfois même en semaine, je n'ai jamais eu un tel sentiment de sommeil comblé. Je soupçonne aussi un peu le fait que boire cinq litres de thé par jour puisse être responsable de me faire flirter à nouveau avec l'anémie, mais dormir c'est tellement bon que je fais la sourde oreille et continue de siroter mon thé !

Et puis surtout, je remercie cette saison qui sonne comme une invitation à rester en pyjama tout le weekend sous la couette à mater des séries, lire des livres, se badigeonner de crème hydratante, surfer sur internet, boire du thé chaud et grignoter des frosties, autrement dit, COCOONER - parce que la culpabilité nous a fait trouver une expression consacrée pour transformer un état de larve-en-quasi-hibernation hivernal en activité trendy avec un nom à consonance anglo-saxonne.


Bref comme quoi ça a du bon les saisons !

mardi 11 octobre 2011

Minding the gap

Dans ma prime jeunesse, je pensais que conduire à gauche n'impliquait pas beaucoup de changements pour la circulation, que c'était une simple lubie des Insulaires, au même titre que manger salé au petit-déjeuner. Tu parles, non seulement ça modifie toute la géométrie de la voiture, en plaçant du coup le volant sur le siège du mort, ce qui n'est pas sans poser le problème du changement de vitesse avec la main gauche - ou pourquoi j'ai décidé que ma première voiture, si l'envie suicidaire de m'en payer une en Grande-Bretagne me venait à l'esprit, serait automatique ou ne serait pas - mais en plus ça crée mille raison pour que les passants non avertis s'homicident involontairement, percutés par un lovely jubbly bus rouge à deux étages venant du *mauvais côté* de la chaussée, parce qu'en fait, NON ce n'était PAS le mauvais côté.

Autant vous dire que le fait que je sois encore en vie pour témoigner aujourd'hui relève du miracle à répétition. Pas plus tard qu'hier j'ai failli me prendre une mini dans la tronche. Ahh les minis et le Royaume-Uni, c'est une longue histoire d'amour, mais nous y reviendrons peut-être un autre jour.

La différence entre cette île et le reste du monde, mieux connu ici sous l'appellation overseas, ne s'arrête pas à la circulation routière. Ici il faut apprendre à utiliser des billets et des pièces à l'effigie de la Reine. Là encore il y a un truc totalement déroutant pour moi. Autant le code des couleurs est clair autant je ne comprends toujours pas pourquoi la pièce de 5 pence (prononcer fayf ppi) est la plus petite de toutes ni pourquoi celle de 2 pence (tchouw ppi) est la plus grande de toutes, plus grand même que celle d'une livre...

lundi 5 septembre 2011

Ça s'en va et ça revient

J'écris, j'écris pas ? Entre velléité et mauvaises habitudes, me voilà ressassant ce que je pourrais bien raconter, sous-pesant chaque mot qui franchit le seuil de mes pensées, encore bien trop brumeuses pour que j'y puisse voir clair, hésitant sur chaque tournure, sous-estimant la moindre idée que je pourrais bien développer. Si l'on devait attendre d'avoir des choses intéressantes à dire pour les écrire, il n'y aurait plus grand chose à lire.

Partant de ce principe, au diable la littérature et le bon goût me suis-je dit, faisons preuve d'improvisation voire de bagou, on va quand même pas en faire un fromage, l'écriture vient en écrivant, et puis au pire personne ne lira et puis c'est tout !


Essayons de se dépêtrer dans cette mélasse d'idées, faisons le tri.


D'abord, quand je vous ai quittés, je quittais la Colombie aussi. À ce moment-là, j'étais encore extatique à l'idée d'abandonner mes bleus de travail plus très bleus, mon téléphone portable du boulot, aussi connu sous l'appellation "INSTRUMENT DE SATAN", qui permettait à mes supérieurs, mais surtout aux company-men, de me joindre à toute heure du jour ou de la nuit pour m'envoyer au puits. Bref, extatique donc, riant de là à là, la bouche béante, même que ça en agaçait certains.
Après un long voyage je suis arrivée à Londres, en vacances. Là une amie brésilienne m'a rejoint depuis les Émirats pour faire un petit tour (c'était son baptême d'Europe). C'était l'été, le ciel céruléen inondait nos yeux incrédules (attends voir du bleu dans le ciel londonien c'était une première pour moi) et les rayons chauds du soleil caressaient nos peaux bronzées, tandis qu'une légère brise agitait nos longs cheveux. London-Barcelona-Paris. Pour notre tiercé gagnant le climat est demeuré constant, pour des vacances réussies et ô combien confortables pour moi, enfin de retour sur "mon" territoire - ça change de l'Amérique !

Puis j'ai erré encore quelque temps, à cause des joies et de la magie des transports ferroviaires britanniques. Comprendre par là que j'ai manqué mon vol pour la Tunisie un jour de grand soleil où les voies de train vers Gatwick ont été impraticables pour cause d'inondation. Par grand soleil, vous avez bien lu ! Allez comprendre.

J'ai fini par atterrir à Tunis deux jours plus tard, et par me faire opérer des yeux : adieu traces de lunettes de vue disgracieuses, bonjour traces de lunettes de soleil disgracieuses. J'ai passé trois douces semaines ramadanesques en famille, à dormir jusque pas d'heure et planquer mes yeux de tout faisceau lumineux. Et puis j'ai découvert aussi tout le sens du mot relativité en me couvrant d'une mince couette par 35 degrés alors que le reste de ma famille crevait de chaud... J'en ai déduit que 1. je m'étais plutôt pas mal adaptée au climat équatorial trop chaud et trop humide de Barranca et 2. j'étais faite pour vivre dans un pays CHAUD. Si on y trouve des fruits tropicaux ça m'ira aussi ! Oui parce que tout serait plus simple si je ne m'étais pas mise à faire ces rêves étranges de goyave fraiche ou de jus de guanabana ! Mais rien que d'y penser je salive déjà, alors je préfère occulter les délicieux fruits colombiens pour alléger mes souffrances !

Ce qui nous amène à la fin des vacances tunisiennes, et au début des vacances parisiennes, puisqu'entre temps ma date de rentrée des classes avait été décalée au 1er septembre. Trop tard pour modifier mon billet, j'en ai donc profité pour passer une semaine à Paris, mais je me répète.

Il y a fait beau, jusqu'à ce qu'il fasse moche, un vendredi, je m'en souviens bien, je me suis dit "ah ben voilà c'est l'automne". Le lendemain j'assistais au mariage d'un de mes amis, et y rencontrais pas mal de camarades de promotion. Revoir des gens d'"avant" ça fait bizarre. Ils te demandent comment c'était, si la Colombie c'est vraiment dangereux, si tu as pu survivre, toujours la même rengaine, tu peux même pas leur en vouloir de pas avoir suivi ton blog ces deux dernières années, tu leur en as jamais parlé de toutes façons. Alors tu dis "non non c'est génial comme pays" et tu les bombardes de questions sur leur vie (singulier volontaire) pour les occuper et les divertir en espérant qu'ils ne te poseront plus aucune de ces questions qui t'horripilent bien que tu saches qu'ils ne font pas exprès et n'y sont pour rien au fond. Eux ils te répondent "bah toujours à Paris, j'en ai marre" et te content tous ces détails de leur vie (toujours au singulier) que tu as connus (connue ça marche aussi) toi-même et abhorrés mais qui ne manquent pas de te rappeler une époque qui semble si lointaine et révolue. Petit pincement au coeur.

Puis il a fallu s'installer à Oxford. Au moment de quitter Paris j'ai compris que cette ville, tant qu'on y vit, on peut pas l'aimer à sa juste valeur, parce que les Parisiens ils aiment rien. Et dès que l'on réalise qu'on ne retournera pas y vivre de si tôt, on est pris d'un vague à l'âme. J'ai laissé le vague et pris le train pour Londres à la place, il y faisait plus chaud. Mais le lendemain il a plu. Je n'étais même pas surprise.

Comment revivre l'automne, automne qui m'avait tant manqué l'an dernier, quand on vit en été depuis deux ans ? Il va falloir m'expliquer...

Voilà, je me suis donc trouvé une colocation à Oxford. C'est une petite ville pleine d'étudiants. Il commence à faire un peu frais et humide, et les nuits se raccourcissent. Et surtout je me sens à mille lieues de la vie locale. Je suis dans ce tourbillon de la vie à l'Européenne et il faut que je m'y fasse. Si l'accent local n'était pas si prononcé je dis pas, mais là j'ai parfois tendance à croire qu'il faut en plus apprendre une nouvelle langue !

C'était pour éviter de raconter ce genre de choses que je n'ai pas écrit plus tôt je pense. Vous connaissez le syndrome de dépression post-natale ? Eh bien j'ai l'impression de le vivre, sans avoir eu à supporter neuf mois de coliques et autres contractions, ni le (ou les) morveux dont il faut changer les couches à tour de bras entre deux xanax. Dans ma version light, je sors de dix huit mois de coliques nerveuses et dois maintenant supporter de ne plus voir le soleil douze heures par jour. Alors pour m'en sortir je prends d extraits de pépins de pamplemousse et j'apprends à parler avec l'accent de sa Majesté. On a vu pire hein ;)


Cheers Mates!