"Me tenant comme je suis, un pied dans un pays et l'autre en un autre, je trouve ma condition très heureuse, en ce qu'elle est libre." - R. Descartes

dimanche 1 mai 2011

What comes around goes around

Le temps des congés, j'ai fait comme si je vivais toujours en France, comme si je n'étais jamais partie. J'ai essayé de parler le moins possible de là-bas, d'oublier où je vis, ce que je fais.

Au début c'était parfait. Il faisait beau, j'étais bronzée et en vacances, je voyais mes amis. Et puis je crois que je suis restée un poil trop longtemps, et Paris s'est laissé aller, comme une ménagère qui aurait troqué ses belles manières de jeune mariée pour des bigoudis et des crocs, passées les noces de laine ou le troisième gosse.

D'abord, comme il fait beau, les fous sont de sortie. En me baladant je me suis fait aborder par des gens chelous de manière récurrente, par des fous du quartier, des relous de passage ou des excentriques saisonniers.

Je sais pas vous, mais j'ai remarqué depuis quelques années déjà qu'à Paris vers avril, c'est comme s'il y avait une Felindra tête de Fous qui les lâchait tous sur la ville avec les premières chaleurs. Comment on reconnaît un fou ? Il parle seul ou à la cantonade, voire s'adresse à des passantes, avec un e, car ils s'adressent uniquement aux filles. Il chante ou pose des questions indiscrètes ou demande juste l'heure parfois avec de bonnes manières, toujours imprégné d'un air chelou et d'une odeur qui rappelle que les beaux jours sont de retour, avec tous les mauvais côtés que cela implique. Un jour dans un bus vers Opéra un Fou m'a demandée en mariage. Il a aussi demandé en mariage toutes les autres filles du bus, il était prêt à partager. Le même jour, dans un Mc Do bondé à 22h - autre preuve du retour du beau temps, le classique sundae de dix heures du soir - rue Soufflot, un autre fou avait squatté notre table et avait causé Interim avec une amie à moi (on était alors dans la même classe, en prépa), qui lui avait répondu qu'elle se sentait pas trop concernée vu qu'elle étudiait la géographie à la fac, mensonge qu'elle avait débité avec une telle aisance qu'elle m'en avait presque convaincue, moi aussi.


Retour à ces congés. En discutant avec mes amis, on a forcément parlé politique. C'était pas volontaire je vous jure. Il faut dire qu'après ce que j'ai pu lire ici ou , j'ai veillé à ne pas aborder les sujets qui fâchent. Or il se trouve que beaucoup de mes amis sont étrangers, et sont pile à cette période de leurs vies où ils ont commencé une procédure de naturalisation, ou sont sur le point de se lancer. Et c'est avec curiosité, étonnement puis déception que j'ai écouté le récit de leur marathon au Graal qui leur permettra, qui de pouvoir quitter la France sans cette frousse de plus pouvoir y revenir, qui de repasser du statut de salarié à celui d'étudiant, chose inaccessible aux étrangers, qui enfin de ne plus devoir vivre des humiliations pour le moins annuelles dès qu'il s'agit de renouveler ses papiers.
Je vous avoue, moi j'y comprends rien.
Tout ce que je sais c'est que ça a l'air super hyper compliqué. Rien que la liste de papiers à fournir relève de l'épreuve olympique. Il faut des papiers dont on ignore parfois qu'ils existent donc où se les fournir, puis il faut se les procurer, parfois il faut aller les chercher en personne là où on est né, puis les traduire selon les règles de l'art par des interprètes assermentés (tout cela a un prix), et puis il faut se rendre sur place pour solliciter un rendez-vous, attendre des mois, recevoir une date de rendez-vous arbitraire et irrévocable, attendre des mois, être impérativement là le jour du rendez-vous, et je vous épargne l'amabilité des fonctionnaires rencontrés... Bref paie ta galère. Tout ça pour caresser l'espérance de pouvoir un jour voter pour des gens qui changeront tout ça, enfin j'espère...

Ah cette bonne vieille capitale. Je ne sais pas si c'est le fait que je n'ai pas eu à prendre les transports à l'heure de pointe, le soir, baignés d'effluves fermentées et égayés de conversations incongrues avec d'illustres fous inconnus, ou si c'est le fait que je n'ai ouvert ni un 20 Minutes ni pris connaissance des dernières nouveautés en matière de politique de l'immigration française et que j'ai tout fait pour ne pas savoir ce que pensent les Parisiens des Tunisiens entassés à Porte de la Villette, mais finalement, je serais bien restée à Paris, cette fois-ci.

Mais ce n'est pas prévu, demain je repars.

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