"Me tenant comme je suis, un pied dans un pays et l'autre en un autre, je trouve ma condition très heureuse, en ce qu'elle est libre." - R. Descartes

mardi 1 juin 2010

Exercice de mémoire

L'être humain a la mémoire courte.

C'est bien parfois, il vaut mieux oublier à quel point ça fait mal de choper une grippe, ou combien c'est horrible quand on a eu la varicelle à quatre ans et pas encore toutes ses dents. Oublier les colles de physique où l'on ne se souvient plus de la formule du moment dynamique appliqué à un solide en mouvement dans un référentiel non galiléen. Oublier les accidents, les contre-temps, les déceptions, les malheurs.


Mais le problème, c'est qu'à trop cultiver cette faculté d'occulter les événements pénibles du passé, on en oublie aussi les autres. On se focalise sur les efforts quotidiens que l'on répète comme une rengaine jusqu'à ce qu'on en oublie le sens, comme quand, enfant, on s'amusait à dire mille fois le même mot BALLON BALLON ... BAH-LON-BA-LONBALONBA... et qu'il ne veuille plus rien dire.

Alors il faut prendre le temps. Fermer les yeux, se concentrer, et se souvenir. Se souvenir de pourquoi on est là.

Je ne voulais pas moisir dans une ville, dans une vie que je n'avais pas choisies. Moisir dans un bureau moisi, assise sept à huit heures par jour sur une chaise moisie à regarder un écran moisi, puis prendre un métro moisi.



Je voulais partir, voir le monde, et pouvoir gambader au boulot, pouvoir rire et pleurer, chanter et écouter la musique à fond en travaillant. Pouvoir mesurer l'impact de mon travail quotidiennement, faire des tâches concrètes à échéance courte.

Je vais au boulot à pieds, je dis bonjour au gars qui a planté un abri au milieu d'un trottoir, et qui passe ses journées à écouter la radio et lire son journal, je traverse une rivière sur un pont artisanal fait de taule, avec une seule rampe, je me change en arrivant au boulot, nous sommes tous frères d'uniforme, les chefs, les ingés les technos les opérateurs, et je travaille avec des jeunes qui dans la vraie vie pourraient être des amis. On rigole on s'engueule on se frappe on se chamaille, on chante en travaillant, parce qu'il faut lâcher la pression, qu'on ne peut pas être sérieux tout le temps. Je travaille debout, mais si je veux je peux m'asseoir, ou marcher, ou courir, me poser par terre, sauter, danser, personne n'en serait étonné. Il n'y a pas de couloir, il n'y a pas de cantine, il n'y a pas de protocole. On est chez nous et entre nous.


Et tout ça, il ne faut pas que je l'oublie.

2 commentaires:

  1. Moi c'est tout le contraire, et c'est rigolo quand même :-)

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  2. j'ai mis du temps à comprendre ce que tu voulais dire !
    bon ben finalement être nomade, c'est pas si pire que si c'était moins grave, non ? ;-)

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