"Me tenant comme je suis, un pied dans un pays et l'autre en un autre, je trouve ma condition très heureuse, en ce qu'elle est libre." - R. Descartes

mardi 8 juin 2010

Prévu et Imprévu

Samedi on a eu une réunion de toute la base, réunion surprise pour nous annoncer que dimanche on n'aurait pas le droit de venir travailler à la base avant 14h du matin pour cause de fumigation.

Ohhhhh

On avait un puits de prévu, pour l'après-midi, ce qui me laissait pile le temps de faire une vraie bonne grasse matinée comme un vrai bon gras dimanche après plus de trente jours de travail d'affilée.

Sauf que non.

Au lieu de ça, on est parti compléter notre puits à 5h, quand Paris s'éveille, avec donc un réveil avant les poules. Job super intéressant, le deuxième de ma vie ! Et comme je vous l'avais déjà dit, ici les puits sont à une petite heure de route, donc j'ai pu me coucher dans mon lit en prime !

Enfin pas exactement mon lit, car ce jour-là arrivait un nouveau dans l'équipe et dans la collocation, qui a donc pris ma chambre et j'ai déménagé pour partager la chambre de la stagiaire.

Aujourd'hui lundi, c'était un jour férié en Colombie. Quant à nous, retour au puits, douze zéro deux de son petit nom (ça rime avec tadbozyeu t'as vu ?), re réveil à l'aube, on a terminé le boulot, bien beau et propre, sans aucun souci, ce qui lève l'ambiguïté qui régnait sur la chance que je portais (ou que je ne portais pas, plutôt) à mes coéquipiers. Car imaginez-vous qu'ils s'étaient figuré depuis mon premier puits que je n'étais pas la personne la plus chanceuse qu'ils connaissaient, je me demande bien pourquoi...

Le seul problème quand tout se passe bien, c'est qu'on n'a rien à raconter après, à part qu'on travaille par tranches de 12 heures, par 45 degrés, des dimanches et des jours fériés ; bref rien que vous ne sachiez déjà !

samedi 5 juin 2010

C'est l'été !

Je ne sais pas pourquoi mais depuis quelques jours j'ai l'impression que c'est l'été.

Je sais, c'est bizarre de dire ça à sept degrés de l'équateur, alors qu'il fait chaud tout le temps. Oui mais j'ai l'impression que la nuit met un peu plus de temps à tomber. C'est juste l'histoire de quelques minutes hein, pas de quoi s'affoler, mais comme depuis trois mois je voyais le soleil se coucher ponctuellement à la même heure, un quart d'heure avant que l'hymne national ne passe pour la troisième fois de la journée à la radio, tout était réglé comme du papier à musique dans ma tête. Et là, le soleil se couche genre trois minutes plus tard, alors voilà c'est l'été, les gens viennent en tongs au boulot, prennent une pause un peu plus longue pour faire la sieste et parlent barbecue. Ou peut-être que c'est mon imagination.

Sinon j'ai réalisé ce matin que depuis plus de six mois, je n'ai jamais passé plus de deux mois dans la même ville. Ça risque de continuer, puisque je m'envole fin juin pour Abu Dhabi, où je resterai le temps de ma school (six semaines) avant des jours de repos bien mérité !


Tout en écrivant je me rends compte que je risque bien de passer le plus long été de mon existence ! Au risque de heurter certaines sensibilités (je ne sais pas vraiment quel temps il fait du côté de la Méditerranée), je suis un peu blasée de tout ce soleil !!

mardi 1 juin 2010

Exercice de mémoire

L'être humain a la mémoire courte.

C'est bien parfois, il vaut mieux oublier à quel point ça fait mal de choper une grippe, ou combien c'est horrible quand on a eu la varicelle à quatre ans et pas encore toutes ses dents. Oublier les colles de physique où l'on ne se souvient plus de la formule du moment dynamique appliqué à un solide en mouvement dans un référentiel non galiléen. Oublier les accidents, les contre-temps, les déceptions, les malheurs.


Mais le problème, c'est qu'à trop cultiver cette faculté d'occulter les événements pénibles du passé, on en oublie aussi les autres. On se focalise sur les efforts quotidiens que l'on répète comme une rengaine jusqu'à ce qu'on en oublie le sens, comme quand, enfant, on s'amusait à dire mille fois le même mot BALLON BALLON ... BAH-LON-BA-LONBALONBA... et qu'il ne veuille plus rien dire.

Alors il faut prendre le temps. Fermer les yeux, se concentrer, et se souvenir. Se souvenir de pourquoi on est là.

Je ne voulais pas moisir dans une ville, dans une vie que je n'avais pas choisies. Moisir dans un bureau moisi, assise sept à huit heures par jour sur une chaise moisie à regarder un écran moisi, puis prendre un métro moisi.



Je voulais partir, voir le monde, et pouvoir gambader au boulot, pouvoir rire et pleurer, chanter et écouter la musique à fond en travaillant. Pouvoir mesurer l'impact de mon travail quotidiennement, faire des tâches concrètes à échéance courte.

Je vais au boulot à pieds, je dis bonjour au gars qui a planté un abri au milieu d'un trottoir, et qui passe ses journées à écouter la radio et lire son journal, je traverse une rivière sur un pont artisanal fait de taule, avec une seule rampe, je me change en arrivant au boulot, nous sommes tous frères d'uniforme, les chefs, les ingés les technos les opérateurs, et je travaille avec des jeunes qui dans la vraie vie pourraient être des amis. On rigole on s'engueule on se frappe on se chamaille, on chante en travaillant, parce qu'il faut lâcher la pression, qu'on ne peut pas être sérieux tout le temps. Je travaille debout, mais si je veux je peux m'asseoir, ou marcher, ou courir, me poser par terre, sauter, danser, personne n'en serait étonné. Il n'y a pas de couloir, il n'y a pas de cantine, il n'y a pas de protocole. On est chez nous et entre nous.


Et tout ça, il ne faut pas que je l'oublie.